Cruches, gargoulettes, flacons et bouteilles

Récipients propres à contenir des liquides, pour le service de l'eau, de la bière, du vin, mais aussi pour la conservation de ces mêmes boissons ou de liquides précieux, huiles, parfums, ils offrent un réservoir clos, un col étroit muni d'un goulot et une base plate pour assurer la stabilité. Généralement, ils sont peu ou pas du tout décorés.


Les bouteilles

Elles sont classées dans cette catégorie des récipients sans anse dont la hauteur dépasse vingt centimètres. La bouteille offre une panse allongée, ovoïde, quelquefois légèrement carénée à la base ; les stries du tournage, généralement visibles, sont, dans la plupart des cas, le seul décor. Le col tubulaire est surmonté d'un goulot évasé, en forme d'entonnoir, à l'intérieur duquel est ménagée une perforation. Cette perforation donne à penser que le liquide contenu était relativement précieux puisque la moindre goutte devait être récupérée et qu'il ne devait pas couler en abondance. Les traces huileuses rencontrées sur quelques exemplaires permettent de conforter l'hypothèse d'un contenu probablement coûteux : huiles, parfums ou autres onguents. Le pied est à profil tronconique.

L'argile alluviale ou kaolonitique, dans les bouteilles de la collection du Louvre, est recouverte d'un engobe rouge à rouge orangé, souvent lustré. Les exemplaires décorés sont rares à cette période.

Ce type d'ustensile n'apparaît que dans les strates les plus tardives, probablement à partir de la fin du 6e siècle jusqu'au 9e siècle.


Les flacons

Les deux types de flacons conservés sont réservés à deux usages différents :

  • dans le premier type, la panse est hémisphérique, fermée par une épaule large, plate, munie d'une anse et d'un pied haut et annulaire. L'épaule est souvent agrémentée de motifs décoratifs géométriques, végétaux ou symboliques, gravés à la pointe avant cuisson. Le col étroit est haut, couronné d'un goulot en « bobine » ; un petit orifice est ménagé au fond du goulot. Quelques flacons ont une anse percée au niveau de l'attache avec l'épaule ; cette perforation traverse le col. La destination de cet aménagement est encore discutée, mais probablement est‑ce la solution choisie pour faciliter l'écoulement par introduction d'air.

Ces récipients renfermaient vraisemblablement des liquides précieux. L'absence de traces grasses, les symboles gravés sur l'épaule de certains d'entre eux, porteurs de motifs cruciformes, pourraient évoquer des récipients liturgiques comme les burettes. Les fouilles d'Alexandrie ont fourni un exemplaire orné de grossières croix pattées dans une maison cultuelle ; l'anse percée d'un flacon semblable fut mise au jour dans l'église de Deir el Giza ; un exemplaire fut trouvé sur le kôm du site monastique de Baouît, sans décor. Aux Kellia, ce type de flacons se rencontre dans les cuisines... mais peut être étaient-ils là pour remplissage !

  • le deuxième type offre des flacons sans anse, sans pied, munis de cols bas et larges sur des panses à tendance globulaire. Aucune décoration n'est visible sur les flacons de la collection.


Les cruches

Elles présentent un col plus court et un goulot plus ouvert que les deux types de récipients cités ci‑dessus. Ce goulot peut être pincé, déterminant ainsi une gouttière pour faciliter le versement. Elles sont munies d'une anse et reposent sur un pied. Les dimensions sont très variables.


Les gargoulettes

Elles se distinguent des cruches essentiellement par la présence d'un étranglement ou d'un filtre dans le goulot afin de protéger le liquide contenu, et par une terre poreuse, perméable à l'air, leur permettant de jouer le rôle de rafraîchissoirs.

La réalisation d'une gargoulette est plus compliquée que celle des récipients précédents. Elle s'effectue en deux temps : le tournage de la panse, qui se présente à la fin de cette opération comme un ovale creux et fermé, puis le tournage d'un col tubulaire. Après un séchage à l'air, les deux parties seront assemblées, le col posé et soudé sur la partie supérieure de l'ovale. Le potier, muni d'une aiguille ou d'un bâtonnet, perce la panse de plusieurs orifices en passant dans le col ; la trace de cette opération d'enfoncement suivie de retrait se voit très bien dans les barbelures de terre, à l'intérieur et à l'extérieur des cols cassés, désolidarisés des panses. Beaucoup sont munies d'un bec conique, modelé séparément, appliqué sur la panse et foré ensuite dans la terre humide, avant la cuisson (sur certaines gargoulettes cassées, les barbelures du percement sont tout à fait visibles). Les anses sont elles aussi façonnées séparément, les unes modelées aux doigts, ayant alors une section quadrangulaire, les autres, roulées sous la paume de la main, ont une section circulaire.

Dans quelques cas, les plus anciens semble-t-il, le pied est tourné en anneau et appliqué autour de l'ovale inférieur de la panse, il affecte alors un profil évasé ; sur les gargoulettes plus tardives, il semble que le pied soit façonné à partir des flancs, « tirés de la pâte » à l'aide d'un instrument pour former une assise stable ; dans ce cas, il se distingue peu du profil général de la panse. Avant la cuisson, la gargoulette est plongée, col en avant, dans un bain d'engobe, du lait de chaux vraisemblablement, soit entièrement (une accumulation d'engobe se voit alors sous le pied), soit à mi-corps.

Trois types de gargoulettes sont représentés dans cette collection :


Le premier paraît être le plus ancien, initié au 2e siècle et se poursuivant vraisemblablement jusqu'au 4e siècle ; de nombreux exemplaires se rencontrent dans les sites militaires de l'époque romaine. Il se caractérise par :

  • une absence de décoration, hormis les cannelures du tournage ;
  • un col court, à rebord large et horizontal fixé autour de l'ovale supérieur de la gargoulette ;
  • un filtre à trous : généralement entre quatre et dix, cernant un trou central plus important ;
  • un pied annulaire posé autour de l'ovale de la base ;
  • des anses courtes, en étrier, attachées sous le rebord et sur le haut de la panse (E 21321, AF 5068, AF 7576) ;
  • la terre est le plus souvent une terre calcaire, à pâte claire, simplement couverte d'un engobe de même qualité.


Le deuxième, au décor végétal généré sans doute par la mode hellénistique de l'époque d'Hadrien (2e siècle) mais se poursuivant au moins jusqu'au 6e siècle, est caractérisé par :

  • une décoration peinte sur une panse peu ou pas cannelée, à tendance fusiforme ; les motifs sont floraux ou végétaux, légers et comme « aériens » et concentrés sur le haut de la panse ;
  • un col haut, tourné en forme de bobine ou d'entonnoir ;
  • un filtre à 3, 4 ou 5 trous ou bien ménagé par un rétrécissement du goulot ;
  • un pied à profil droit et à fond plat, « tiré des flancs » ;
  • des terres plus variées, alluviales, calcaires ou même kaolinitiques.


Le troisième groupe est caractérisé surtout par un décor différent, les particularités morphologiques étant les mêmes que pour le deuxième groupe (la datation pourra se faire dans une fourchette du 5e au 7e siècle, là aussi) :

  • un décor de spirales simples, en couples, dessinées en brun violet, entre les anses, sur le haut de la panse ;
  • des terres calcaires ou alluviales.