Céramique pseudo-sigillée peinte

Dans la série des vaisselles de service, le premier groupe analysé est celui de la céramique dite « pseudo-sigillée peinte ». Ce terme désigne une vaisselle réalisée, généralement et du moins à l'origine, à partir d'argile kaolinitique du filon assouannais. Les ateliers de cette région furent les premiers à confectionner une imitation de la céramique sigillée romaine, vraisemblablement dès le 3e siècle, probablement pour satisfaire la clientèle des trois cohortes romaines stationnées autour de Syéné. Rapidement, ces ateliers, peut-être sous l'influence de la mode nubienne des vases peints, créèrent, tout en conservant les formes de la vaisselle romaine, un nouveau type de céramique où la peinture remplaça l'estampage.

Les formes les plus usitées dans ce type de céramique sont les formes ouvertes : grands plats, assiettes à marli, grandes et petites coupes. Quelques rares tessons de vases fermés sont présentés dans cette typologie car leur décor est directement issu du répertoire des formes ouvertes.

C'est donc avec cette céramique précise que va s'imposer, dès le 4e siècle, ce que l'on appelle la céramique copte, première vaisselle, et vraisemblablement unique, agrémentée de motifs peints variés et animés, dans tout l'empire byzantin. Sa seule concurrente n'émergera qu'au cours du 6e siècle des ateliers de Gérasa (Jérash, Jordanie), encore se limitera-t-elle à la seule forme des bols.

La mode est d'abord aux plats en argile kaolinitique rose, dense et fine, couverts d'un engobe rouge brique. Ces plats ont en commun un large fond plat, un revers large et plat, souvent marqué de la cupule du tournage (AF 12423) et des rebords redressés, le plus souvent sans marli ni moulure. Leurs centres sont ornés de motifs animaliers, la plupart du temps de poissons, ou de végétaux. Les rebords sont laissés nus de décoration, excepté un ou deux filets noirs courant sur leur face interne. Les autres formes de vases, notamment les assiettes et les coupes, semblent être moins fréquentes à cette époque, ou est-ce le hasard des fouilles et des publications ?

À partir du 5e siècle, la mode semble évoluer vers une plus grande diversité de formes. Assiettes, grandes coupes coniques ou hémisphériques, toutes pourvues d'un rebord (marli) articulé, orné de motifs peints puisés dans un répertoire peu étendu (AF 4941) : ondulations, pois, tresses, hachures, arceaux dont seule la combinaison crée la variété. Toutes sont munies de pied, qu'ils soient bas et annulaires ou hauts et modelés à part. Parallèlement, argile et décor central semblent se diversifier. Les couleurs, donc la composition des pâtes et des engobes, élargissent leur gamme, le jaune et l'ivoire s'ajoutent aux roses et aux rouges. Le noir des décors se rehausse de blanc et de rouge. Les motifs, agrémentant le centre des plats, présentent un ensemble plus diversifié : le peintre va puiser non seulement dans un répertoire animalier plus fourni mais va aussi s'inspirer de scènes anecdotiques, danse (AF 4935), chasse, mais peut-être aussi de scènes religieuses (AF 6939, E 11907-2).

Cette céramique pseudo-sigillée peinte se rencontre encore dans les couches tardives, juste avant la conquête arabe de 641, notamment à Alexandrie, Gourna, Éléphantine, Kellia.

De la conquête arabe est contemporaine la première céramique égyptienne au décor gravé sous glaçure, glaçure dont le premier initiateur est encore incertain (Mésopotamie, Iran, Asie centrale, Égypte ?). Pour l'Égypte, cette nouvelle technique apparaît soit à Fostat soit dans les ateliers assouannais. Elle va perpétuer, un temps, les motifs végétaux à la mode, car bien entendu les premiers potiers de céramique sous glaçure sont probablement ceux qui tournaient la céramique peinte copte. Les formes vont évoluer vers des profils moins ouverts et, semble-t-il aux vues des résultats de fouilles, vers l'abandon du marli au profit de rebords aux lèvres amincies, arrondies ou triangulaires.

La parenté iconographique existant entre cette céramique égyptienne et la céramique exhumée des sites grecs d'époque médiévale de Corinthe ou d'Athènes est troublante. Elle conduit à se poser la question du réseau des influences artistiques dans la koïné méditerranéenne durant ce haut Moyen Âge. Les ateliers de potiers grecs avaient pratiquement cessé leurs productions après les invasions des Avars à l'extrême fin du 6e siècle jusqu'au 9e siècle, époque où Byzance rétablit son autorité sur la Grèce. La question d'une influence copte, probablement véhiculée par Byzance, sur ces nouvelles productions grecques, peut donc se poser. À partir du 10e siècle, les activités des ateliers grecs reprennent.

Aux 13e et 14e siècles, la proto-majolique, notamment celle de Géla en Sicile, celle de la Thessalie, reprendront curieusement certains thèmes chers aux Égyptiens, tel le poisson ou l'oiseau (cf. Oiseau de Bruxelles - MRAH 4881, Céramiques médiévales).

Notre collection présente des plats (et des fragments de plats) de la première génération, datables entre les 4e et 5e siècles.

Leurs dénominateurs communs sont :

  • argile de type kaolinitique rose, finement alvéolée, fortement micacée, mica doré, avec des inclusions de très petite taille, blanches et rouges. Les argiles kaolinitiques présentent généralement des inclusions noires que l'on ne retrouve sur aucun des fragments analysés ici.
  • engobe rouge orangé,
  • gamme de couleurs limitées aux noirs et aux blancs,
  • motifs peu variés et sobrement tracés : poissons, lotus,
  • formes peu variées : plats à fond horizontal le plus souvent, sans délimitation de pied ou un pied réduit à un simple filet en relief (profil E 15440), une simple dépression concave marque le centre du revers, rebord (marli) simplement redressé, sans articulation (profils AF 4747 et E 13488),
  • les fragments du Louvre sont tous issus des fouilles de Médamoud.


Les grandes coupes sont plus tardives d'un ou deux siècles, soit entre les 6e et 8e siècles pour certaines.

Leurs dénominateurs communs sont :

  • argile alluviale, rouge à brune, d'aspect grumeleux, inclusions blanches, brunes ou rouges, présence de mica,
  • engobe rouge orangé,
  • gamme des couleurs restreintes, noirs et blancs mais à laquelle s'ajoutent des rehauts, rouges et orangés,
  • motifs plus variés, plus élaborés, tout en restant stylisés mais sur un fond foisonnant : personnages, oiseaux, poissons, végétaux luxuriants,
  • récipients hémisphériques, dotés d'un marli articulé, plat ou ondulé par des pressions de doigts, posés sur de hauts pieds coniques (profils E 11907, 2, E 11756).


Enfin, des assiettes ou des coupes dont seuls subsistent les marlis décorés. Leur fourchette chronologique peut être située entre les 5e et 7e siècles.

Leurs dénominateurs communs sont :

  • argile kaolinitique, rose comme celles des fragments de Médamoud,
  • engobe, ivoire nuancé parfois de rose,
  • gamme des couleurs plus élargie : blancs, noirs, brun aubergine, orange ocré,
  • motifs d'inspiration géométrique souples, lignes ondées, torsades, tresses, pois,
  • formes ouvertes de coupes ou d'assiettes pourvues d'un rebord large et articulé, décoré, déversé vers l'intérieur (le marli). Notre collection ne possède pas d'exemplaire complet, mais les récipients complets exhumés des fouilles offrent des flancs convexes et sont munis de pied annulaire bas (profils AF 1471),
  • la plupart des fragments sont issus des fouilles d'Edfou.


La collection du Louvre compte 73 individus dans ce type de vaisselle et, parmi eux, 45 ont une provenance connue avec certitude. Pour les autres, nous n'avons que de fortes présomptions. En effet, les objets, inventoriés dès l'entrée au musée, ont perdu leur numéro d'inventaire inscrit le plus souvent sur une étiquette collée ; une fois l'étiquette décollée, les renseignements sont perdus. Heureusement nombre d'objets portent, inscrit à l'encre cette fois à même leur surface, un numéro de fouilles ou de caisse d'emballage qui permettent de les repérer dans les livres d'inventaire et de leur restituer leur provenance.

Le site le plus important pour la quantité de fragments mis au jour est Médamoud, avec 28 fragments, puis Edfou, 8 fragments, Tôd, 6 fragments mais Antinoé, 2 ou 3 fragments repérés seulement, il en va de même pour Éléphantine.